lundi 1 septembre 2008

BURZUM - Filosofem (1996 - Misanthropy Records)


Difficile dans certains cas de parler de la créature sans évoquer son créateur...
Kristian Vikernes, rebaptisé Varg ("loup") Vikernes, a 18 ans quand en 1991, au coeur de sa Norvège natale, il donne vie à son one man band Burzum. Dans la langue du Mordor, inventée par Tolkien, "burzum" signifie "ténèbres". Le jeune homme est fan de la mythologie du Seigneur Des Anneaux comme de sa mythologie nordique, mais il se sent plus l'âme d'un orque que d'un hobbit.
Aujourd'hui il continue de purger une peine de 21 ans d'emprisonnement (peine maximum en Norvège) pour le meurtre Øystein "Euronymous" Aarseth, guitariste du groupe Mayhem, ainsi que pour plusieurs incendies d'églises. Rajoutez à cela des opinions politiques et des idéaux extrêmes, et le bonhomme est parfaitement indéfendable. Penchons-nous sur ce Filosofem, sorti juste après son incarcération.
En terme de son, ce disque est affreux. Les guitares aigües vous écorchent les oreilles et semblent sortir d'un ampli 10w bon à foutre en l'air, le son de batterie n'est pas meilleur, la basse est faible et sèche, les claviers tout cheap. Côté technique, quel que soit l'instrument, c'est du niveau débutant : les riffs sont simples, les beats basiques, les claviers joués avec un doigt.
Ce qui rend ce disque excellent, c'est l'inspiration. Ce disque à une âme. Qu'elle soit maléfique va s'en dire mais reste secondaire, tant les disques pourvus d'âme sont rares. L'ambiance nihilliste et crasseuse qui se dégage dès les premières mesure de Dunkelheit ("ténèbres" again, en allemand cette fois - simplement Burzum dans l'édition norvégienne de l'album). Tout le talent de Vikernes peut se résumer à ces quelques notes de claviers qui survolent le morceau et lui confère une aura mystique.
Les quatre premiers titres sont ainsi faits de riffs lancinants, répétitifs, obsédants. La voix d'écorché est pourrie d'une infâme distorsion, abandonnée parfois pour un talk over glacial. Le son crade de l'ensemble ne fait en définitive que rajouter à la puissance obscure de la bête.
L'album se termine sur trois morceaux dark ambient interprétés au synthé seul (dont un de 25mn). Encore une fois on est saisi par l'ambiance qui s'en dégage vu le peu de moyens mis en oeuvre.




Varg Vikernes aujourd'hui


WILLIAM BASINSKI - Melancholia (2008 - 2062)


Encore de vieilles bandes resurgies du passé. Des boucles de piano lentes et délicates, agrémentées ci et là d'un violoncelle malade et de quelques sons étranges. Egalement un travail sur le silence.
Pas la peine de s'étaler, tout est dit dans le titre de l'oeuvre.




WILLIAM BASINSKI - The disintegration Loops I, II, III, IV (2003 - 2062)





En 2001, William Basinski a 43 ans. Il ressort du placard de vieilles bandes sur lesquelles il avait enregistré 20 ans auparavant des boucles minimalistes. Il décide de les sauver en passant le tout au format numérique. Mais pendant l'opération, les bandes se détériorent. On entend les craquements, l'effacement, le rien. Le musicien obtient alors comme un instantané de la mort au moment-même où elle survient. Même la musique n'est pas immortelle. Depuis la fenêtre de son appartement, il regarde les tours s'embraser, s'effondrer, disparaître. Ces boucles retrouvées seront la bande-son de la fin du monde. Même si elle n'a pas vraiment lieu ce jour-là, elle viendra tôt ou tard.
Il se dégage de ces quatre CD une beauté triste et fragile. Les six morceaux vont de douze minutes à plus d'une heure, et ne sont constitués chacun que d'une seule et même boucle. Basinski laisse le sombre folklore apocalyptique aux apprentis-sorciers du dark ambient bas de gamme. Sa musique est douce, elle nous berce, nous rappelle combien la vie était belle. On accepte la fin ineluctable dans un sourire emprunt de nostalgie, sereinement, les yeux pleins de larmes.


une vidéo qui commence par un morceau de l'album Melancholia, mais qui propose également un extrait d'une disintegration loop à partir d'1mn20 (avec le maître himself en représentation dans une ambiance de folie).